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(ARTICLE) Quand la sophrologie rencontre la diététique

Mis à jour : févr. 13

Thibault Allo, Sophrologue Caycédien et Diététicien, intervient dans les modules de formation de Sofronicia auprès des élèves pour un apport concernant la physiologie. Il travaille actuellement, en tant que diététicien et sophrologue à l’Hôpital de jour Cérès à Nice, auprès des patients souffrant d'obésité, de diabète ou encore de maladies chroniques. Dans son cheminement, la rencontre entre la nutrition et la sophrologie se joue de manière évidente. Il nous explique ici son parcours et comment il adapte la méthode pour accompagner ses patients.


Comment te définis-tu auprès des personnes que tu rencontres ?

Je me présente le plus souvent en tant que Diététicien, Nutritionniste et Sophrologue.


Depuis combien de temps fais-tu ce métier ?

J'exerce le métier de Diététicien depuis 2005 et je suis Sophrologue Caycédien depuis 2009.


Quel a été ton parcours avant d'être sophrologue ?

J'étais étudiant, j'ai fait une licence de biologie puis un BTS de Diététique.

À quel moment la sophrologie est t'elle arrivée dans ta vie ?

C'est au milieu de mon cursus de formation que j'ai commencé à m'intéresser à la sophrologie. J'avais commencé une licence de psychologie qui au final, ne correspondait pas vraiment à mes attentes car j'avais vraiment la sensation que c'était du bourrage de crâne. C'est à ce moment là par l'intermédiaire d'une connaissance que j'ai rencontré le Dr. Michel Guerry, alors directeur de l'école de sophrologie de Nice.


Pourquoi as tu décidé de te former pour devenir sophrologue ? Qu'est ce qui t'a donné envie de faire la formation ?

Quand j'ai commencé à m'entraîner, j'ai très vite compris que la sophrologie allait pouvoir être une manière idéale pour compléter ma formation de Diététicien. Sans le formuler comme cela à l'époque, je sentais le besoin d'intégrer la dimension de l'Être à l'accompagnement que je pouvais proposer et je percevais les limites d'une démarche centrée sur le corps en tant qu'objet (comme nous pouvons l'entendre en sophrologie) pour soutenir la personne. Je voyais bien que dans l'accompagnement au niveau de la nutrition, la réussite revient à 50% des recommandations du professionnel, mais aussi et surtout 50% de la capacité du patient à pouvoir mettre en œuvre de nouvelles habitudes. La sophrologie s'est avérée être un formidable outil de transformation, des habitudes de santé et de vie en général. Et surtout une possibilité de pouvoir développer les notions de plaisir et sa sensorialité, primordiales dans le sujet de l'alimentation. J'ai donc entamé la formation, déjà dans l'optique de pouvoir adapter la méthode dans le domaine de la diététique.


Qu'est ce que t'as apporté la formation personnellement ?

Elle m'a permis d'avoir confiance en ma sensibilité. J'ai pu m’apercevoir qu'avec toutes mes capacités sensibles, je pouvais avoir une place dans le monde. Ça a été très touchant pour moi parce qu'alors que dans toutes mes études j'avais toujours eu de grandes difficultés de concentration et de constance, dans la formation, en sophrologie je pouvais me retrouver des week-end entiers, assis à écouter et à adorer ça. J'ai compris que l'enseignement que j'avais reçu jusqu'à lors était moins adapté pour moi et que celui que je vivais à l'école, avec sa dimension corporelle et vivantielle, l'était beaucoup plus. J'ai pu renouer avec un savoir organique plutôt qu'intellectuel. Ça a été la découverte d'un enseignement qui puisse me porter, me libérer, plutôt que d'essayer de rentrer dans les cases.


À quel moment t'es tu dis qu'il y avait la possibilité de faire le lien entre l'alimentation et la sophrologie ?

Le lien a toujours été évident pour moi parce-que dans l'alimentation la rencontre corps esprit est très présente, c'est sa mise en place qui a mis plus de temps. Et cela s'est fait dans ma manière de pouvoir adapter la méthode, sortir du cadre, de pouvoir voir d'une nouvelle manière ma pratique professionnelle, tant pour la diététique que pour la sophrologie. Tant pour la diététique que pour la sophrologie. À un moment, il a été justement question de dépasser mes représentations mentales pour aborder les choses différemment et pour créer un accompagnement qui avait du sens pour moi, en lien avec mes valeurs. Je voulais donner une dimension corporelle à mon accompagnement diététique avec cette évidence pour moi qui si ce n'était pas le cas, je loupais quelque chose. Le travail que j'ai précisé au fur et à mesure des années, a été notamment porté sur la sensorialité, par exemple le travail sur les sensations de faim et de satiété. L'envie de manger (l'esprit), ne correspond pas forcément avec une sensation de faim (le corps) ! C'est pour ça que je suis venu travailler au CÉRÈS (NDLR : la clinique à Nice où Thibault travaille). Parce que j'avais la possibilité de rassembler toutes mes casquettes : de diététicien, de sophrologue, et surtout d'amoureux de la cuisine.


Comment se passe ton accompagnement auprès des personnes ?

J'ai longtemps travaillé en libéral et j'ai développé un certain nombre de projets associatifs mais à la clinique où je suis actuellement, je propose différentes activités : des séances en groupe, des ateliers cuisine et tout un travail d'accompagnement pour soutenir les personnes dans leurs processus de transformation. Les personnes qui sont suivies souffrent d'obésité, de diabète, de maladies chroniques de l'intestin, de maladies métaboliques... Au sein de la clinique, l'équipe est pluridisciplinaire mais je m'occupe pour ma part sur le « comment ». Je propose notamment de faire des repas en conscience sophronique sous forme d'ateliers cuisine.

Dans ces ateliers, les patients arrivent dans le matin pour prendre connaissance du menu à réaliser. Nous mettons en place des équipes pour préparer le repas, composées de personnes qui ont déjà un peu d'expérience et de facilités, et de personnes qui débutent. Nous nous adaptons à chaque fois en fonction du groupe. Une fois que nous avons préparé le repas, nous nous réunissons pour prendre un temps pour nous préparer à manger. J'invite les personnes à essayer de repérer comment déterminer leur sensation de faim, où est-ce qu'elle se situe dans le corps. Et après je propose souvent une pratique sophrologique. Une fois que nous nous mettons à manger, j'invite les personnes à être attentives à leur première bouchée, à leurs sensations tout au long du repas. On est dans l'alternance d'un repas convivial, et de temps de recentrage ! Chacun essaie de faire des repérages : à quel moment je mets une bouchée dans ma bouche, à quel moment je peux poser la fourchette, à quel moment je sais que je n'ai plus faim, où est ce que cela se situe dans mon corps... On fait l'expérience de ce que nous sommes en train de faire quand nous sommes en train de manger. J'essaye de proposer un cadre pour que chacun puisse recréer ces conditions chez lui.

Je propose également des séances en groupe, dans lesquelles je cadre le travail sur le développement de leur sensorialité pour permettre aux personnes de prendre conscience de ce qu'elles font et de la marnière dont elles fonctionnent. Parce que par exemple dans le cadre de compulsions alimentaires c'est très souvent les émotions qui dictent les habitudes de la personne. C'est une information qui arrive, une odeur, une image de la télévision... qui génère un lien direct avec le fait de manger, cette manière de se faire plaisir et à ce moment là, comment il est possible de poser un acte de conscience et d'avoir le choix de continuer à pérenniser cette habitude (par exemple : compenser les émotions en mangeant) ou d'avoir le choix de faire autrement (se tourner vers une autre activité). Du coup, c'est un travail de repérage du moment où nous mangeons, de l'intensité de nos émotions, et que même si une émotion peut nous envahir à ce moment, nous ne sommes pas que cette émotion.

Le travail sophrologique c'est aussi un moyen pour les personnes de pouvoir se situer dans le temps, de repérer les habitudes passées, et de développer la possibilité de s'envisager un peu autrement dans l'advenir avec de nouvelles habitudes. Du coup, cela s’étend plus loin que l'alimentation.

La force du travail sophrologique, c'est que chacun va pouvoir laisser émerger les choses qui vont avoir du sens pour lui.


Quels sont les retours des personnes concernant l'accompagnement sophrologique ?

Les patients sont souvent très heureux de relier avec le plaisir de cuisiner et de prendre le temps d'apprécier la simplicité du repas. J'ai la sensation aussi qu'ils renouent avec le plaisir d'avoir le choix de manger, et de pouvoir le faire avec dignité. Souvent ils me disent qu'ils n'avaient jamais pris le temps d'écouter leurs sensations de cette manière, et qu'ils avaient envie de le faire plus souvent ! Je vois aussi que la sophrologie leur apporte beaucoup de recul, ce qui semble leur permettre de pouvoir se recentrer davantage sur eux-mêmes.


Pour finir, qu'est ce que tu aimes dans ton métier ?

J'ai beaucoup de plaisir à voir chacun pouvoir se vivre un peu plus librement.

Et de pouvoir vivre ça moi aussi. Partager l'intensité de la vie, en lien avec la notion de plaisir, c'est quelque chose qui a beaucoup de valeur pour moi.


Propos recueillis par Perrine Doyon

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